Avenant attendit. Il sentait déjà poindre l’agacement. Il aurait du se rendre auprès du gouverneur lui-même et lui dire sa façon de penser. Quel nigaud ! Et puis, rester dans cette nuit noire… Pas très loin d’une forêt. Certains frissons le parcouraient déjà.
Il avait froid. Il flattait son cheval, mais sans grande conviction. Soudain, il entendit un bruit. Il n’osa pas se retourner tout d’abord. Puis la curiosité eut raison de sa peur. Mais lorsqu’il vit la créature à laquelle il avait affaire, il demeurât pétrifié.
D’une beauté ténébreuse, elle avançait dans une robe blanche maculée de taches vermeilles. Subjugué par sa grâce naturelle, il n’en éprouvait pas moins une insidieuse crainte que seul l’indicible pouvait procurer. Ses cheveux, une longue rivière de soie noire cascadait sur ses frêles épaules. Il la trouvait merveilleuse. Bien loin des beautés poudrées de sa vie coutumière. Mais il éprouva une telle frayeur que cela le fit trembler. Si elle était belle, elle était aussi terriblement froide et macabre. Une beauté moribonde, dont les yeux étaient le miroir des moments de désespoir… Il se sentit défaillir et il se retint à son cheval.
Elle vint caresser sa monture et il fut parcourut de frissons. Elle le dévisageait d’un air si doux, mais il craignait quelque chose. Il savait que s’il se laissait piéger par sa beauté, il n’en tirerait rien de bon. Il préféra reculer légèrement. L’arrogance avait disparut de ses yeux et il était à présent figé par la peur.
Il sentit soudain un froid intense le pénétrer. Des sortes de tentacules sournoises s’infiltrèrent dans son esprit et il entendit brutalement une voix plus douce qu’un murmure et plus aigue que le chant d’une coloratur. Elle le glaça :
« Un regard aussi lumineux que le votre doit lutter afin de ne pas s'obscurcir en un tel lieu. Le soleil n’est pas le bienvenu à Wylem… »
Une telle menace et une telle douceur… Non, c’était plus que le jeune Comte De Hautefeuille ne pouvait en supporter. Il supplanta la belle jeune femme et se mit à courir à travers les rues. Tant pis si son fidèle coursier mourrait, il valait mieux que ce soit un animal qui se fasse dévorer plutôt que lui. Il ne voulait pas être la victime d’une succube. Il courut… Courut, mais il sentait des pas derrière lui. Et cela ne pouvait qu’être un mauvais signe… ou une heureuse bénédiction, car il avait encore en son cœur, le regard glacé de cette dame triste à la si douce et si nébuleuse voix…
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